Projection de « ELLES, Tanger » à la MEP

Projection de « ELLES, Tanger » à la MEP

« ELLES, Tanger », premier épisode d’une saga de Clothilde Matta en collaboration avec Nina Cholet, sera projeté à la Maison Européenne de la Photographie le vendredi 18 octobre, à partir de 19h. La projection sera suivie d’une rencontre.

Nous avons profité de cet événement pour poser quelques questions à Clothilde Matta, que nous avions déjà interviewé l’an passé, lors de la première édition du fotofever prize with Dahinden.

 

 

Entretien avec Clothilde Matta

 

Clothilde, vous nous aviez accordé une interview il y a un peu plus d’un an, car vous faisiez partie des trois Lauréats de la première édition du fotofever prize with Dahinden. Quelques semaines plus tard, vous remportiez le vote du public avec la série « Jealousy of Matter ». Pouvez-vous nous présenter un résumé de vos activités depuis cette date ? L’obtention de ce prix vous a ouvert de nouvelles portes ?

Après  la première édition du prix j’ai eu une actualité photographique assez dense. J’ai participé à une exposition collective de 3 jours au cœur de Paris ou j’ai présenté ma série Jealousy of Matter justement.

Au moment du prix je venais de réaliser une nouvelle série : Transfiguration, série de photographies argentiques noir et blanc qui mêle corps,  figures historiques et religieuses…J’ai poussé encore plus loin mon souhait de mélanger sacré et profane, chair et pierre et enfin réalité et fiction. C’est le prolongement de ce que j’avais entrepris avec Jealousy of Matter. C’est un travail sur la force du fantasme. À travers des images poétiques et sensuelles, je questionne la frontière entre l‘érotique et le corps montré dans la banalité du quotidien. Je questionne notre part de féminité et de masculinité.

Cette série est le mélange d’une histoire personnelle et de l’histoire universelle, ce sont les corps de mon intimité et ceux de tous depuis des siècles : les statues du Louvre. Elle est l’accumulation de strates, mélanges de plusieurs temporalité et espaces. Avec mon appareil je transgresse une norme établie, je mélange l’animé et l’inanimé : entre rêve et réalité, jeu de représentation et de fantasme.

C’est une série qui me tenait beaucoup à cœur et j’ai eu la chance de la présenter peu de temps après : en avril, lors d’une exposition personnelle parrainée par Wacoal dans le cadre du festival de photographie Kyotographie, au Japon à Kyoto.

C’était une expérience extraordinaire , j’en ai profité pour voyager, faire des photos, rencontrer des gens : trouver de l’inspiration. Le Japon a été une découverte très précieuse, c’est une culture qui m’a énormément touché. C’est un voyage qui m’a marqué esthétiquement et intimement. Et le festival était de grande qualité, j’étais très heureuse de faire partie de cette aventure.

En rentrant j’ai exposé la série à Toulon dans le sud de la France à la Galerie 15.

J’ai aussi fait de belles rencontres humaines, de passionnés d’art et des collectionneurs qui suivent mon travail. Le prix a été une sorte de Tremplin, les expositions qui ont suivi ont toutes un lien avec, que ce soit une rencontre directe lors de l’événement ou par effet boule de neige.

 

Clothilde Matta (à gauche) et Nina Cholet

 

Vendredi 18 octobre, dans le cadre de la carte blanche à Hassan Hajjaj, vous allez projeter à la MEP « ELLES, Tanger », une collaboration avec Nina Cholet. Comment est née cette collaboration ? Parlez-nous du concept « ELLES », qui est présenté comme le début d’une saga.

Nina et moi nous sommes rencontrées il y a 10 ans. Nina est vidéaste-danseuse, notre  duo s’est formé de nos interrogations et obsessions mais aussi de nos pratiques artistiques individuelles complémentaires. Ensemble, nous aimons brouiller les codes du statut de l’artiste avec liberté et irrévérence. Nous aimons remettre en question les conventions. La ville et l’espace public sont notre laboratoire de recherche-création. Nous développons un travail pluridisciplinaire qui mêle installation, photographie, performance et vidéo. Nos esthétiques proches se rejoignent notamment dans l’importance du détail, le mélange de fiction et réalité, notre envie d’inconnu et de mystère.

Cela faisait quelques années que nous avions envie d’un projet sérieux ensemble.

Le premier épisode, « ELLES, Tanger », a été initié à l’occasion de la résidence du Youmein Festival en juillet 2019. Les artistes sélectionnés ont été réunis deux jours durant pour créer une œuvre, présentée à la fin des 48h dans le cadre d’une exposition collective regroupant tous les projets, où nous avons projeté « ELLES, Tanger » dans sa première phase de vidéo-installation, sur les drapés d’un lit.

À la Maison Européenne de la Photographie, nous sommes ravies de présenter en avant-première le 1er épisode sur grand écran de la saga « ELLES ».

 

Le projet « ELLES » est né de notre expérience, de nos confrontations quotidiennes et problématiques au cœur de la ville face au regard de l’autre : réflexions, sentiment d’insécurité ,remarques déplacées…« ELLES » interroge le statut de la femme dans la ville : il exprime le contraste et les différences culturelles, politiques, économiques au regard du désir et de la liberté, particulièrement la liberté féminine. « ELLES » est aussi une œuvre qui parle d’obsession, de mystère et de sensualité.

Les débats qui ont découlé et l’intérêt suscité par cette première expérience nous ont conforté dans l’idée d’une série de vidéos. « ELLES, Tanger » est donc le début d’un projet plus vaste en plusieurs épisodes où l’histoire de deux femmes évolue à travers le temps et les lieux. C’est à la fois une vidéo-art avec un parti pris esthétique, un discours engagé et une vidéo qui raconte une histoire, avec une trame narrative.

Chaque épisode d’ « ELLES » est dans un premier temps une œuvre vidéo-installation, silencieuse, dévoilée in situ sur une matière. Nos recherches et ressentis dans la ville définissent cette surface. Pour « ELLES, Tanger » il est le drapé, symbole paradoxal d’un désir et d’une pudeur. Dans un second temps l’écriture d’une voix off s’ajoute aux images. Des musiciens sont ensuite invités à improviser sur la vidéo pour une création sonore originale. Pour « ELLES, Tanger » se mêlent darija, dialecte marocain/français et un souffle musical, composé par Corentin Pujol avec la participation de Jeeb’s, Carel Cleril et Kevin Lebellec.

Le premier épisode s’est passé à Tanger. Le deuxième se passera à Rome. « ELLES » c’est aussi une ode à la ville, à ses particularités, à ses espaces partagés et la façon dont on les vit. Comment corps et architecture dialoguent-ils ensemble ? « ELLES » est un support à la discussion.

 

Quels sont vos projets ensuite ?

Après la projection à la MEP nous serons au Festival OVNI à Nice fin novembre avec Camera-Camera, salon de galeries d’art contemporain installé à l’Hôtel Windsor qui propose une balade dans les chambres, le lobby et le jardin, à la recherche d’œuvres plastiques et d’art vidéo. « ELLES, Tanger » y sera projeté.

Nous avons envie de faire découvrir le premier épisode de la Saga et tourner très prochainement le second puis le troisième et ainsi de suite…

A titre personnel je suis sur une série de photographies et collages que je veux développer et j’ai un projet en tant qu’actrice en cours.

C’est une rentrée riche, où j’ai la chance de conjuguer mes trois passions : photographie, vidéo et jeu.

Enfin j’aimerais participer à des résidences et continuer de voyager autant que possible.

 

 

Rendez-vous sur le site internet de Clothilde Matta pour suivre toute son actualité. Et sur le site de la MEP pour réserver votre billet pour cette soirée.

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