Young Talents fotofever Prize with Dahinden : interview de Clothilde Matta

Young Talents fotofever Prize with Dahinden : interview de Clothilde Matta

Les trois lauréats du YOUNG TALENTS FOTOFEVER PRIZE with Dahinden se dévoilent en interview ! Rendez-vous nombreux ici pour voter afin de les départager, et leur permettre d’obtenir un programme de coaching avec la Condamine.

À gagner pour les votants, par tirage au sort :
Une œuvre signée du grand lauréat, produite par Dahinden
10 invitations au vernissage de fotofever paris 2018

 

Suite et fin de nos interviews des trois lauréats du YOUNG TALENTS FOTOFEVER PRIZE with Dahinden. Après Martin Bertrand et Lina Benouhoud, c’est au tour de Clothilde Matta de nous faire découvrir son univers.

Clothilde Matta est à la fois photographe, artiste plasticienne et actrice. Forte d’une double formation Beaux-Arts/Théâtre elle aime brouiller les pistes en mélangeant plusieurs disciplines artistiques au sein d’un même projet. Depuis une dizaine d’années elle travaille sur des œuvres à la fois mystiques et sensuelles, porteuses de nombreuses interrogations sur notre rapport au monde.

 

  • Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je vis et travaille dans le 19e arrondissement de Paris. Depuis quelques années ma pratique s’est beaucoup orientée vers la photo, et je reviens vers la vidéo et la peinture. Je suis aussi actrice, j’ai un lien très fort avec le théâtre. Je suis quelqu’un de curieux, d’aventurier et j’aime ma liberté. Je n’aime pas les conventions et les normes. J’aime remettre les choses en question, j’aime la différence et l’authenticité.

 

  • Avez-vous suivi une formation, ou êtes-vous autodidacte ?

J’ai un parcours plutôt atypique : après des études littéraires j’ai suivi divers ateliers de dessins et de peinture, notamment de nus, et j’ai intégré les Beaux-Arts de Lyon. A ce moment-là, je travaillais la peinture.

A l’école, j’ai commencé à expérimenter la sculpture de métal que j’ai continué à l’atelier Paul Fleury, et la vidéo/installation en parallèle dans un atelier des beaux-arts de la Ville de Paris. Au même moment  je commençais une formation théâtrale, cours Simon et Florent. J’avais besoin de mettre en lien arts plastiques et arts vivants. Aux Beaux-Arts je me suis beaucoup intéressée au cinéma, j’ai découvert des réalisateurs qui m’ont beaucoup inspirée. Pour moi tout entre en corrélation; l’un n’existe pas sans l’autre : la photographie, le cinéma, le théâtre , la peinture…tout est lié et partie intégrante de mon travail, même s’il s’agit seulement d’une image. C’est un travail sur « l’ici et maintenant ».

 

Étonnement j’ai commencé à faire des photos en quittant l’école; mon grand-père m’a proposé son argentique : cela m’intriguait et j’ai commencé à m’en servir intuitivement. Je n’ai pas eu de formation particulière, on ne m’a pas appris à utiliser un appareil. J’avais une envie compulsive et passionnée de capturer des moments, tout simplement. J’ai eu des envies, des idées : j’ai commencé à « conceptualiser ». Et je me suis servie de l’appareil pour donner forme à mes idées, pour « faire sens ».
Avec une expérience plutôt décevante de l’École des Beaux-Arts, j’ai arrêté de peindre et la photographie m’a aidée à renouer avec mon désir d’artiste. En fait à mes débuts je me rêvais peintre, puis actrice et puis la photo m’a rattrapée et c’est comme si c’était plus fort que tout, presque inévitable, et aujourd’hui j’aime à penser que je fais les trois en même temps !

Il y a peu je me suis demandée s’il eût été préférable de faire une école pour «apprendre » : c’est toujours un point positif, ça rassure les gens. C’est plus facile quand on a l’étiquette « diplômée »  disons que c’est un atout pour intégrer le milieu, se faire connaitre. Mais je crois que cette liberté que j’ai avec mes choix, mes sujets, est liée au fait que j’ai découvert ce médium seule, sans référents, sans pression. J’ai côtoyé beaucoup d’étudiants d’école de photographie et souvent dans nos discussions on me parlait de photographes, de techniques que je ne connaissais pas. Au début j’étais gênée : de ne pas avoir la même culture, les connaissances et références, et puis un jour j’ai décidé que ce n’était pas grave; j’ai un parcours moins classique et je crois que c’est ce qui fait mon identité. Ma différence et ma force aussi, sans doute. C’est une construction personnelle et artistique différente, au final mes modèles sont plus des peintres, des auteurs ou des sculpteurs que des photographes.

 

  • Comment avez-vous eu connaissance de la première édition du Young Talents Photo Prize ?

Par une amie qui me suis depuis mes débuts et travaille dans le milieu de l’art.

 

  • Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail ? Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

Mes dernières séries parlent du corps de la femme, je travaille sur la représentation du désir féminin : sans détour, à travers des fragments, un détail, ou le hors-champ qui est à mes yeux tout aussi important que ce qui est montré. C’est un travail sur la force du fantasme qui fait parler l’imaginaire, suggère et provoque l’attraction ou la répulsion. La beauté est très importante dans mon travail, elle se manifeste dans la recherche esthétique. La sublimation des corps par exemple : le choix du cadrage, le souci de la forme ne se font jamais au détriment du concept. C’est une vision innocente et brutaliste. J’essaie de susciter des réflexions. J’interroge sur la frontière entre l’érotique et le corps montré, donné à voir dans la banalité du quotidien, mais à travers mes images qui sont sensuelles et poétiques. Je questionne notre part de féminité et de masculinité. Sensualité féminisée à l’extrême n’est pas incompatible avec virilité.
Dans mon travail la notion du mystique est toujours présente, que ce soit dans la lumière qui révèle le corps ou le cache – dans une recherche de l’apparition ou de la disparition de ces corps ou dans les références bibliques et historiques. L’indicible sacré existe soudainement grâce à la faille profane que je choisis de montrer : entrainant l’ordre ou le chaos. L’espace et le temps sont indétectables, suspendus, témoins des corps qui existent. Prendre une photographie est-il un acte sacré ou un acte profane ? Prendre le corps féminin en photo est-il une sacralisation de la femme ou une profanation ?

 

Mes inspirations sont partout. Dans la rue, dans les scènes quotidiennes, c’est un corps qui passe dans un espace. C’est comme le travail de l’acteur, regarder l’attitude , la démarche, la façon que quelqu’un a de se mouvoir dans le décor. Je fais la même chose : je m’imprègne.
Ou bien chez moi, quand je regarde par la fenêtre, quand un accident crée une chose que je trouve belle, intrigante. Mes amis, les gens que j’aime et ceux que je croise parfois. Dans les lectures et le cinéma qui m’influencent énormément, me font grandir et m’émeuvent. Je vais depuis toujours dans les salles d’arts et d’essais voir de vieux films, le cinéma italien des années 50 à 70, la nouvelle vague. Les films de Leo Carax,  Bruno Dumont, Claude Sautet, Lars von Trier…Le théâtre de Paul Claudel et Pasolini. Georges Bataille, les expressionnistes abstraits, l’arte povera, le mouvement Fluxus et plein d’autres…

Et les voyages aussi, sortir de sa zone de confort, partir vers l’inconnu, c’est la chose la plus galvanisante; un œil neuf, un sentiment d’excitation et de crainte, c’est un excellent cocktail !

 

  • Pourquoi avoir choisi de présenter cette série en particulier pour le Young Talents Photo Prize ? Quelles sont les émotions, les impressions que vous aimeriez faire passer à travers cette série d’images ?

C’est une série que je venais de terminer, elle représente assez bien mon travail et mes recherches actuelles. J’ai réalisé les clichés lors de ma résidence à Rome au printemps et à l’été 2017, c’est un voyage qui marquait un tournant dans mon travail. A mon retour en France j’ai commencé à travailler sur la série,  j’avais énormément de pellicules; c’est le moment où j’ai découvert toutes les images, où j’ai réalisé les diptyques. C’est une série qui respire la sensualité, la peau, l’eau, la lumière et c’est très inspirant et apaisant à la sortie de l’été. Cette série parle d’un voyage, d’une étape de vie. Elle est à la fois très personnelle et universelle. Cela part de mon rapport au monde, de mon identité de femme face à l’adversité d’un pays étranger dans lequel j’avais décidé de vivre. Quand je suis rentrée j’étais différente et je crois que mon travail a pris une tournure nouvelle : cette série en est le marqueur.  Elle parle de la notion du temps qui passe, donc de la nostalgie et des choix qu’on fait. De mon expérience mystique dans une ville très imprégnée par la religion et l’histoire. Le paradoxe italien aussi : les traditions et le conservatisme religieux qui sont assez présents en Italie et la sensualité des corps au soleil, dénudées, des statues qui exposent leurs formes partout dans la ville : c’est ce contraste qui m’a plu.

En fait j’aime beaucoup la contradiction, les oppositions, et le moment ou justement les deux s’imbriquent ou se confrontent. C’est là qu’il se passe quelque chose. J’ai envie que le spectateur se pose des questions, qu’il ne comprenne pas tout de suite. J’aime aussi l’idée qu’il soit séduit par un détail ou perturbé. Une beauté qui dérange en somme. Il y a plusieurs niveaux de lectures, c’est presque un story-board, il y a une référence au cinéma. Il y a l’histoire de départ, la mienne, celle que je raconte à travers la série et celle de chaque diptyque. Chacun se raconte la sienne.

 

  • Merci beaucoup Clothilde !

 

Pour voter pour Clothilde Matta, et lui permettre de remporter le vote du public, cliquez ici !
Clôture du vote le 28 octobre 2018 à minuit.


Photos : ©Clothilde Matta

Clothilde Matta lors de son passage chez Dahinden, en pleine préparation de ses tirages qui seront exposés à fotofever, du 8 au 11 novembre.

 

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