Depuis 2015, le festival Objectif Femmes met en lumière le travail des femmes photographes et lutte contre l’invisibilisation des artistes femmes dans l’art. Pour la 8e année consécutive, Dahinden est partenaire de ce prix, placé sous le haut patronage du ministère de la Culture.

Pour cette 11e édition, cinq photographes exposent leurs œuvres du 10 au 22 novembre à la mairie du 9e arrondissement de Paris : Coco Amardeil, sélectionnée pour la deuxième année, Yasmine Lavoine, Jeune Talent 2026, Lisa Miquet, Flore Prébay et Victoria Vinas. Un jury les départagera et désignera la lauréate du prix Objectif Femmes 2026. La marraine de cette édition est Fabienne Pavia, éditrice et fondatrice de la maison Le Bec en l’air, consacrée à la photographie.

Pour en savoir plus sur ces photographes et sur les séries qu’elles présentent, nous leur avons posé quelques questions.

Coco Amardeil

Portrait de Coco Amardeil

Portrait de Coco Amardeil - © Zhansaya Amardeil



Comment vous présenteriez-vous ? Qu’est-ce qui, selon vous, caractérise votre approche de la photographie ?

Je suis une photographe et cinéaste franco-canadienne. J’ai un parcours nourri par la psychologie et un questionnement permanent sur l’être humain et ses comportements. Mon approche se situe à la frontière entre photographie documentaire et mise en scène. J’aime explorer des univers et des situations qui interrogent notre rapport aux autres et à nous-mêmes, en laissant une place à l’ambiguïté, à l’inattendu et aux imperfections. Je travaille avec différents supports et techniques, de l’argentique au numérique, en passant par le Polaroid, que j’aime transformer, superposer ou réinterpréter.

Comment est née la série que vous exposez ?

La série est née de l’écoute d’un témoignage de sirène dans un podcast de France Culture. Son récit m’a touchée et intriguée, d’autant plus que l’eau est mon élément. J’ai contacté la sirène sur les réseaux sociaux et j’ai participé à ses cours de mermaiding. J’ai ensuite découvert une communauté de sirènes et de tritons, que j’ai rencontrés en ligne et lors d’événements dédiés au mermaiding.

 Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je prépare deux expositions d’ici la fin de l’année. Je poursuis également mon travail photographique et mes recherches autour de ma série Thérapie de Choc , avec l’objectif d’en faire un livre. En parallèle, je commence à explorer de nouvelles pistes pour un prochain projet photographique.

Quelle place donnez-vous au tirage dans votre travail ? Comment avez-vous choisi le papier et les finitions pour cette exposition ?

Le tirage est très important pour moi, car il donne à l’image sa présence physique et participe à la manière dont elle est perçue. J’aime les papiers barytés épais, avec de la matière, qui mettent en valeur les couleurs vives, surtout lorsque j’expose sans verre, comme pour Objectif Femmes. J’ai choisi des cadres noirs et simples pour créer une unité entre les dix formats d’images différents.

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"Mermaids Don’t Sing Anymore" - © Coco Amardeil

"Mermaids Don’t Sing Anymore" - © Coco Amardeil


Flore Prébay

Portrait de Flore Prébay

Portrait de Flore Prébay



Comment vous présenteriez-vous ? Qu'est-ce qui caractérise votre approche de la photographie ?

Je suis photographe plasticienne. Mon travail se construit autour d'une approche sensible et poétique de la photographie, avec une attention particulière portée à la matérialité. J'aime explorer la frontière parfois floue entre photographie et peinture.

Je travaille les textures, les superpositions, les supports, avec l'envie de créer des images qui peuvent parfois évoquer des tableaux, sans que l'on sache immédiatement comment elles ont été réalisées. Je crois que ce qui m'intéresse avant tout, c'est de chercher une écriture photographique qui ne soit pas seulement descriptive. Quel que soit le sujet que j'aborde, j'essaie d'y apporter une forme de poésie, de suggérer plutôt que de tout montrer, et de laisser une place à l'imaginaire. C'est aussi une manière pour moi d'approcher des sujets parfois très intimes ou sensibles, en passant par l'émotion, les sensations et la matière plutôt que par une représentation trop directe.

Comment est née la série Onirique que vous exposez ?

Onirique est née avec le Prix Picto de la Mode. Je l'ai imaginée comme une promenade, une sorte de déambulation dans un univers qui se situe quelque part entre le rêve et la réalité. J'avais envie de construire un parcours dans lequel on traverse différentes atmosphères, différents états, sans forcément chercher à suivre une narration précise. Les images se répondent, parfois de manière assez instinctive, comme des fragments d'un même rêve.

Cette série a aussi été un espace de liberté et d'expérimentation. J'y ai poursuivi mes recherches autour des liens entre photographie et peinture, en explorant les couleurs, les textures, les jeux de lumière et la transformation de l'image.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je travaille actuellement sur une série intitulée Les Présents, réalisée dans le cadre de ma résidence pour le festival Planche(s) Contact, à Deauville. Ce projet est consacré aux proches aidants, ces personnes qui accompagnent un proche, au quotidien. J'avais envie de m'intéresser à celles et ceux qui prennent soin des autres, mais sans les regarder uniquement à travers ce qu'ils donnent, ce à quoi ils renoncent ou les difficultés qu'ils rencontrent.

Je voulais aussi parler de leur identité, de leurs désirs, de cette part d'eux-mêmes qui continue d'exister en dehors de leur rôle d'aidant. Le projet s'accompagne également d'un travail plastique autour du papier artisanal, de la peinture et de l'écriture. C'est une série qui me touche particulièrement, parce qu'elle est née de rencontres très fortes. Elle parle de l'amour, de la présence à l'autre, mais aussi de ce que l'on garde pour soi, de ce qui nous constitue profondément.

Quelle place donnez-vous au tirage dans votre travail ? Comment avez-vous choisi le papier et les finitions pour cette exposition ?

Le tirage est une étape très importante dans mon travail, parce que je considère que le papier fait véritablement partie de l'image. Ce n'est pas simplement un support sur lequel on vient imprimer une photographie : sa texture, son épaisseur, sa couleur ou sa transparence peuvent complètement transformer la manière dont on la perçoit.

Depuis plusieurs années, je développe notamment un travail autour du papier artisanal avec mon oncle, Frédéric Gironde, qui est artisan papetier. Nous expérimentons ensemble différentes matières et techniques de fabrication. J'aime beaucoup cette dimension presque physique du travail, le fait de manipuler la matière, de la transformer et de voir comment elle peut venir dialoguer avec une photographie. Pour les œuvres présentées à Objectif Femmes, issues de ma série Onirique, la démarche était un peu différente. Les images ne sont pas imprimées sur du papier artisanal et je n'interviens pas non plus directement dessus avec de la peinture. Mais je tenais malgré tout à retrouver cette sensation de matière et cette profondeur qui font partie de mon univers. Le choix du papier était donc essentiel.

Nous avons travaillé autour de supports texturés, qui permettent de retrouver quelque chose de pictural dans les images, presque une sensation de peinture. C'est aussi pour cela que j'accorde beaucoup d'importance à la collaboration avec le tireur. Il y a tout un travail d'échange, d'écoute et de compréhension mutuelle. Il faut réussir à transmettre ce que l'on recherche, parfois des choses assez difficiles à expliquer avec des mots : une sensation, une densité, une certaine douceur dans les couleurs ou dans les contrastes. J'aime beaucoup cette étape, parce qu'elle permet à l'image de prendre une autre dimension. Pour moi, un tirage réussi ne doit pas simplement être fidèle au fichier photographique. Il doit prolonger l'intention de départ et donner à l'image une présence qui lui est propre.

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Onirique - © Flore Prébay

"Onirique" - © Flore Prébay



Yasmine Lavoine

Portrait de Yasmine Lavoine

Portrait de Yasmine Lavoine - © Sarah Makharine



Comment vous présenteriez-vous ? Qu'est-ce qui caractérise votre approche de la photographie ?

J’aime me dire que je suis là pour photographier la tendresse entre les être humains. J’en ressens un besoin vital. Deux mains qui se frôlent ou se touchent, un baiser, des larmes de joies… Nous minimisons en France la chance que nous avons de pouvoir être publiquement tendre avec les gens qu’on aime, la chance qu’on a d’avoir le droit de montrer notre corps, la chance d’avoir le droit.

Comment est née la série Onirique que vous exposez ?

La série que j’expose, ‘Pourquoi vous?’ est née dans un départ presque précipité en Grèce, où je me suis installée pendant un an. J’ai profité d’être dans un pays où je ne connaissais ni la langue, ni personne, pour oser faire quelque chose que je voulais faire depuis longtemps : démarcher des couples inconnus afin de leur demander leur vision du terme ‘équipe’ en 2026, dans un monde compliqué, où tout va très vite, trop vite.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je continue cette série, mais je travaille aussi beaucoup en ce moment avec ‘L’Anomalie’. Un théâtre expérimental logé dans les petites rues de Vavin. C’est un espace de création et de liberté éphémère unique à Paris. J’en profite au maximum afin de garder de précieux moments de ces magnifiques performances proposées.

Quelle place donnez-vous au tirage dans votre travail ? Comment avez-vous choisi le papier et les finitions pour cette exposition ?

J’accorde une grande place aux tirages dans mon travail. Travailler avec Yuki et Frédéric chez Dahinden a été une rencontre très importante pour moi. Leur maîtrise et expérience ainsi que leur bienveillance m’a tout de suite frappé. Je leur ai fait confiance et nous avons fait nos choix ensemble, comme une équipe !

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Pourquoi vous - © Yasmine Lavoine

"Pourquoi vous" - © Yasmine Lavoine


Lisa Miquet

Portrait de Lisa Miquet

Portrait de Lisa Miquet - © Alessandro Clemenza

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Comment vous présenteriez-vous ? Qu’est-ce qui caractérise votre approche de la photographie ?

Je suis Lisa Miquet, photographe et réalisatrice basée à Paris. Mon univers est assez pop, coloré et narratif, avec un goût particulier pour la mise en scène et la malice. J'aime jouer avec les codes visuels et l'humour pour raconter des histoires, parfois plus engagées qu'elles n'en ont l'air.

​Comment est née la série que vous exposez ?

Childless Cat Ladies est née de mon envie de détourner le cliché de la « vieille fille à chats », cette femme célibataire et sans enfant qu'on imagine forcément seule et malheureuse. J'ai voulu renverser ce stéréotype en mettant en scène des femmes fières, libres et un peu excentriques, dans un univers volontairement kitsch et théâtral. Une manière de questionner, avec humour, les injonctions faites aux femmes.

​Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je partage mon temps entre des commandes pour la presse, la mode et la réalisation, et des projets photographiques personnels. Je développe notamment une nouvelle série inspirée des photographies de l'hystérie à la Salpêtrière, qui interroge la manière dont le regard masculin a historiquement façonné la représentation des femmes.

​Quelle place donnez-vous au tirage dans votre travail ? Comment avez-vous choisi le papier et les finitions pour cette exposition ?

J'aime l'idée qu'une photographie puisse sortir de son cadre et devenir un objet à part entière. Pour cette exposition, j'ai notamment choisi d'imprimer certaines images sur du voilage, pour jouer avec la transparence et prolonger l'univers domestique de la série dans l'espace. Pour les autres tirages, je recherche un rendu qui préserve toute la richesse des couleurs et donne une vraie présence aux images.

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"Childless Cat Ladies" - © Lisa Miquet

"Childless Cat Ladies" - © Lisa Miquet


Victoria Vinas

Portrait de Victoria Vinas

Portrait de Victoria Vinas



Comment vous présenteriez-vous ? Qu’est-ce qui, selon vous, caractérise votre approche de la photographie ?

Photographe, j’ai besoin d’une présence humaine dans le cadre pour avoir envie de prendre mon appareil. Mon travail s’articule autour de deux grands axes : le portrait et la mise en scène.

Mon parcours, d’abord dans le soin, puis dans le cinéma, a profondément façonné mon regard. Touchée par le décalage entre la diversité humaine que j’ai pu rencontrer — celle des visages, des corps, des histoires — et les représentations souvent réductrices que notre société en propose, j’ai ressenti le besoin de rendre hommage aux singularités, à celles et ceux que l’on regarde peu, que l’on ne voit pas, ou que l’on a choisi d’oublier. De là est née l’envie de créer des images qui interrogent les regards déterminant ce qui mérite d’être montré ou célébré.

J’aime autant saisir ce qui se révèle spontanément dans un portrait que construire de toutes pièces un univers et composer une image comme le fragment unique d’un film ou un tableau. Que je photographie une personne ou que je donne vie à un personnage, ce qui m’intéresse avant tout, c’est de raconter une histoire, de susciter une émotion, tout en laissant à chacun la liberté d’imaginer ce qui se joue au-delà du cadre.

Comment est née la série que vous exposez ?

Contemplations est née de mon envie de rendre hommage aux oublié.e.s, à celles et ceux qui ont été peu représenté.e.s ou dont les histoires ont été racontées à travers un regard qui n’était pas le leur.

À travers des portraits de femmes hors des normes de beauté dominantes, des amours invisibilisés et des mythes revisités, je cherche à questionner les représentations dont nous avons hérité et à imaginer celles qui nous ont manqué.

La mise en scène est au cœur de cette démarche. Je compose mes images comme des tableaux, avec l’envie de bousculer les regards sans rien imposer. Une manière de donner à ces corps, ces visages et ces histoires une place dans notre imaginaire collectif, en passant par la beauté, la suggestion et l’émotion.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je finalise un recueil mêlant photographies et textes, qui rassemble plusieurs séries explorées au fil de mon parcours. C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur, car il me permet de faire dialoguer des images qui, bien qu’issues d’univers différents, se rejoignent autour de sujets qui me sont chers : les normes qui définissent celles et ceux qui méritent d’être vu.e.s, et les histoires trop longtemps racontées à travers le prisme de ceux qui les ont établies. L’écriture y occupe une place importante, j’aime l’idée que les mots et les photographies puissent se répondre, se compléter, tout en laissant une place à l’imaginaire de chacun.e.

Quelle place donnez-vous au tirage dans votre travail ? Comment avez-vous choisi le papier et les finitions pour cette exposition ?

Le tirage fait, selon moi, partie intégrante de mon travail. C’est une étape essentielle, celle où l’image prend véritablement corps et devient un objet à part entière.

Une photographie ne se regarde pas de la même manière sur un écran que sur papier. Libérée du rétroéclairage, elle révèle d’autres nuances, une autre profondeur. Le choix du papier, de sa texture, le rendu des couleurs et des contrastes participent pleinement à l’émotion que l’on souhaite transmettre. Le tirage n’est pas une simple reproduction, mais l’aboutissement de l’image.

Je privilégie l’impression sur papier mat qui rend davantage justice aux clairs-obscurs. Pour cette exposition, j’ai également choisi de présenter les tirages sans vitre, afin d’éviter les reflets et de laisser toute sa place à la matière, sans distance entre l’image et le spectateur. Une manière d’inviter à une contemplation plus directe et plus intime.

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"De celles qu'ils voudraient faire taire" - © Victoria Vinas

"De celles qu'ils voudraient faire taire" - © Victoria Vinas


Tout le mois de novembre avec Objectif Femmes

Pour sa 11e édition, le festival se déploie en trois expositions à la mairie du 9e arrondissement de Paris.

  • Du 3 au 8 novembre, LiliRoze, lauréate du prix Objectif Femmes 2025, ouvre les festivités avec un nouvel accrochage dans l’univers poétique qui avait séduit le jury l’an dernier. Découvrir son exposition 2026.

  • Du 10 au 22 novembre, place aux cinq photographes sélectionnées cette année, chacune avec un regard et une écriture photographique qui lui sont propres. Découvrir la sélection 2026.

  • Du 24 au 30 novembre, Laura Bonnefous, Prix spécial du jury 2025, clôture le mois avec une exposition très personnelle, autour d’une thématique nouvelle. Découvrir son exposition 2026.

Pour en savoir plus sur le travail de LiliRoze et de Laura Bonnefous, retrouvez leurs interviews dans notre article consacré à l’édition 2025.

Festival Objectif Femmes 2026
📍Du 3 au 30 novembre
📆 Mairie du 9e arrondissement de Paris
Plus de renseignements sur le site web d’Objectif Femmes.