Exposition de Thomas Balaÿ au Jardin Botanique de Bordeaux

Exposition de Thomas Balaÿ au Jardin Botanique de Bordeaux

Jusqu’au 31 janvier 2021, une exposition consacrée au photographe Thomas Balaÿ se tient au jardin botanique de la ville de Bordeaux.
Nous en avons profité pour poser quelques questions à ce photographe, âgé de 43 ans, qui était exposé l’an passé à Genève. Il nous parle de cette nouvelle exposition, et aussi de son approche, à la fois scientifique et artistique.

 

 

Avant ton travail de photographe, tu as fait des études d’agronomie tropicale : comment t’est venu cet intérêt pour les plantes ?

Mon intérêt pour les plantes tropicales a débuté au lycée lors de la projection d’un documentaire sur les forêts amazoniennes. À cette époque cela a été un véritable choc visuel et émotionnel. Passionné par la biologie, ainsi que par l’univers artistique, j’ai décidé après le bac de partir étudier l’agronomie tropicale en Guadeloupe, afin de me rapprocher de ces forêts qui me fascinaient, et que je souhaitais découvrir.  J’ai alors passé trois ans à étudier dans l’archipel caribéen.

Un autre élément déclencheur et qui a permis de réunir mes deux passions a été la rencontre avec le Dr George Banez au Marie Selby Botanical Gardens en Floride, à cette époque je m’occupais de l’entretien des collections du jardin, après quelques semaines je lui ai présenté mon travail photo, de là il m’a grand ouvert les collections, et nous avons travaillé ensemble sur la création d’une exposition itinérante sur les plantes en voie d’extinction du jardin.

 

Peux-tu nous parler un peu de cette exposition à Bordeaux ?

C’est une exposition qui a lieu au jardin botanique de la ville de Bordeaux, jusqu’au 31 janvier 2021. Elle regroupe une trentaine d’images, sélectionnées parmi les deux ouvrages publiés aux éditions Ulmer : « Orchidées » (2015) et « Succulentes, le design végétal » (2017).

Les deux séries sont exposées ensemble pour la première fois en France, le visiteur se retrouve immergé au milieu des plantes agrandies à taille humaine.

La fleur d’orchidée, habituellement d’une taille de 6 centimètres a été grossie par 20 fois, je tenais véritablement à inverser les échelles de grandeur, imposer au spectateur un sentiment de fascination, de respect de ces plantes, créer un véritable face à face avec cette nature fragile.

 

Après une série consacrée aux orchidées, sur laquelle tu as travaillé plusieurs années, tu t’es ensuite intéressé aux plantes grasses, dont les qualités esthétiques peuvent sembler moins évidentes, plus difficiles à capturer. Dans les deux cas, ta méthode de travail est restée la même. Qu’est-ce qui t’a donné envie de passer des unes aux autres ?

Un des fils conducteurs de ce travail est lié à l’ingéniosité et la fragilité de ces 2 familles de plantes, comment elles ont réussi à s’adapter à leur écosystème et à survivre depuis plus de 80 millions d’années.

Si l’on prend l’exemple des orchidées, elles ont développé des leurres visuels tout à fait uniques, parfois prenant la forme d’un papillon, elles arrivent ainsi à attirer leur pollinisateur, et donc assurer leur survie.

Pour les cactus l’émergence des formes est due principalement aux contraintes climatiques, la disparition des feuilles au profit d’épines laineuses, la formation d’une couche cireuse sur les plantes succulentes sont autant d’éléments leur permettant de se protéger du froid et du soleil brûlant en journée.

L’autre élément important et plus subjectif est lié à leur symétrie, leur capacité à provoquer l’imaginaire, elles nous permettent de passer d’un sujet strictement figuratif à une interprétation plus surréaliste.

Dû principalement à leur symétrie dite bilatérale, proche de celle de l’humain, elles fonctionnent tels des tests de Rorschach, représentant tout ce dont la nature de l’homme a de plus complexe.

 

Pourrais-tu nous parler du matériel que tu utilises, de ta technique de prise de vue ? Tu as besoin de beaucoup de préparation ?

L’ensemble de mes images sont réalisées en lumière du jour et au moyen format argentique avec le Fuji gx 680, j’utilise principalement du film positif provia qui est ensuite scanné puis tiré sur Lambda.

Travailler en argentique sur ce projet a été un vrai choix pour le rendu final de mes tirages, cela m’a permis de garder un rendu plus naturel des matières végétales, qui souvent devenait trop flatteur dans mes essais en numérique.

Aussi il est vrai que les contraintes de l’argentique et la fragilité des plantes photographiées imposent leur tempo, c’est un travail minutieux, les plantes sont fragiles, on se doit d’en prendre soin, l’exposition du positif doit être parfaite.

Le choix du sujet est central, je passe beaucoup de temps en amont sur la recherche de certaines plantes et plus encore sur place dans les collections privées ou publiques, en immersion parmi des milliers de plantes. C’est tout d’abord le choix du spécimen, la lumière, le cadrage qui vont faire vivre ou pas cette image.

Plus encore et comme a pu le dire Paolo Roversi je crois beaucoup à ce moment, à cette énergie, à cette intention photographique lors de la prise de vue et dans sa préparation, c’est pour moi primordial et cela participe grandement à la réussite de l’image, à la naissance d’une émotion.

C’est un moment privilégié, de contemplation quasi méditative.

 

Pour plus d’informations au sujet de cette exposition :

le site internet de Thomas Balaÿ

Jardin Botanique de Bordeaux
Esplanade Linné
33100 Bordeaux

Horaires:
11h-18h, sauf lundis, Noël et Jour de l’An

Tél. : 05 56 52 18 77

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