Transfiguring invité d’Art’Up ! à Lille

Transfiguring invité d’Art’Up ! à Lille

Dans le cadre de sa 12e édition, la foire d’art contemporain Art’Up ! de Lille accueille le mouvement Transfiguring, pour une exposition proposant aux visiteurs de découvrir les différentes techniques artistiques employées en photographie contemporaine. Pour en savoir plus, nous vous proposons une interview de Georges Dumas, photographe plasticien et membre fondateur du mouvement Transfiguring. 

 

  • Le collectif est né fin 2014 autour d’un manifeste. Quel était votre état d’esprit lors de sa rédaction ? Est-ce un événement ou une situation en particulier qui vous a incité à affirmer cette vision de la photographie plasticienne ?

La naissance de Transfiguring doit beaucoup à Olivier de Cayron, qui est la personne qui a fait se rencontrer les 7 membres fondateurs du mouvement (Olivier lui-même, Adrienne Arth, Marie-Laure Mallet-Melchior, Françoise Peslherbe, Isabelle Seilern, VAM et moi) au travers du salon « Balt’Art » qu’il a organisé en 2011 et en 2013 à Nogent-sur-Marne, salon orienté vers la photographie et les technologies numériques. En discutant les uns avec les autres, il est apparu qu’au-delà de nos démarches personnelles, une approche commune nous réunissait dans notre pratique de la photographie et que cette approche méritait d’être formalisée et défendue sous une forme à la fois souple et durable. D’où l’idée de fonder un mouvement, formule plus flexible qu’un collectif, prévoyant dès le début la possibilité de s’ouvrir à d’autres photographes et respectant nos individualités artistiques. L’idée de rédiger un manifeste a suivi naturellement, afin de « prendre date », de conférer à notre projet une dimension historique. Si on le lit attentivement, on s’aperçoit que ce texte fondateur (http://www.transfiguring.net/fr/le-mouvement) n’a pas la prétention que peuvent avoir d’autres manifestes de révolutionner (l’histoire de) l’art, il ne verse pas dans la théorie avant-gardiste mais pose quelques définitions assez simples qui disent de quoi il retourne et laissent la place à une certaine interprétation. De fait, Transfiguring n’a pas inventé la photographie plasticienne, notre seule prétention est de promouvoir cette dernière en présentant la plus grande variété de démarches, de styles et de techniques possible, avec comme conviction qu’il s’agit là de mettre en lumière une tendance de fond dans l’art contemporain, une des voies les plus fécondes par lesquelles il se renouvelle.

ptrf108 – Le Défi, Georges DUMAS, 2014, Technique mixte sur toile

 

  • Pour ceux qui vous découvrent, comment décririez-vous l’univers exprimé par les artistes de votre mouvement ?

Pour répondre à cette question, je suis obligé de recourir au pluriel : il n’existe pas un mais plusieurs univers au sein de Transfiguring, notre raison d’être étant de défendre la photographie plasticienne dans toute sa diversité. Ainsi, nous avons en notre sein des artistes dont le travail reste dans les codes classiques de la photographie pour ce qui est de la réalisation des œuvres elles-mêmes : tirage sur papier, le plus souvent en pigmentaire, et contre-collage sur aluminium ou dibond, ou parfois encadrement avec passe-partout. Mais une fois qu’on a dit cela, on ne peut que constater les différences dans les approches esthétiques : par exemple, les photomontages urbains, souvent humoristiques, de Françoise Peslherbe, très nets, très propres, faussement documentaires, n’ont visuellement rien à voir avec les portraits ou les paysages très abîmés d’Arnaud Sabot, qui travaille à partir de négatifs qu’il brûle, gratte et peint, ou avec ceux très poétiques et oniriques d’Adrienne Arth qui utilise beaucoup la superposition dans sa démarche. De la même manière, rien ne paraît plus différent que les œuvres d’Isabelle Seilern d’un côté, qui ne travaille qu’en prise directe et qui, par ses seuls cadrages, pousse la figuration aux confins de l’abstraction, et celles de VAM d’un autre côté, qui construit ses figurations autour du thème de la féminité et explore de très nombreuses techniques, dont la couture au fil de soie ou la peinture numérique par exemple.

La diversité va encore plus loin lorsqu’on prend en compte les autres artistes du groupe qui eux ne recourent pas au tirage sur papier pour leurs œuvres, mais à tout un tas d’autres techniques d’impression et de supports. Gravure et inclusion de végétaux séchés pour Louve Delfieu, tirages lenticulaires croisés pour Jean-Philippe Deugnier, microperforé et découpe de plexiglas pour Olivier de Cayron, peinture et technique mixte sur toile pour Willy Bihoreau et moi, transfert sur aluminium, peinture et grattage pour Marie-Laure Mallet-Melchior, impression sur support transparent (verre et plexiglas) et construction sous forme d’objet en trois dimensions pour Max Foggéa et Ulrike Bolenz… autant dire qu’on s’éloigne sacrément de la photographie traditionnelle !

Pas de fil rouge donc, pas de ligne esthétique, mais deux dénominateurs communs très forts : l’utilisation de la photographie et sa prédominance dans la construction de l’œuvre d’une part, et l’attachement à la figuration, au fait de donner un écho visuel au monde qui nous entoure, quitte à lui faire subir de profondes transformations. C’est bien d’ailleurs ce qui nous a fait choisir le terme Transfiguring pour baptiser notre mouvement : cette idée de transformer la figuration, de capter par la photographie une réalité que l’œil et la main de l’artiste transmutent en une subjectivité puissante.

Super Nana, Série Projet New-York, Arnaud Sabot, 2008, Techniques mixtes

 

  • Depuis la création du collectif Transfiguring, vous avez participé à de nombreuses expositions, vous avez accueilli 6 nouveaux artistes en plus des 7 présents depuis les origines… Quelles sont les réalisations dont vous êtes les plus satisfaits ?

La première satisfaction qui me vienne à l’esprit, c’est celle de voir notre mouvement perdurer et gagner en notoriété d’année en année : maintenir la dynamique d’un groupe n’a rien d’évident, malgré l’amitié que nous nous portons les uns aux autres. Pour accomplir cela, nous avons eu le bonheur de monter plusieurs expositions de qualité dans de beaux endroits et cela a considérablement contribué à maintenir l’élan initial. Je pense notamment à nos expositions à L’Arrivage (Troyes), dans une belle salle au Mans en 2017 qui a permis de montrer le travail des nouveaux membres pour la première fois, ou encore à la très belle exposition au Bastille Design Center à Paris en juin 2018 où nous avons pu montrer près de 150 œuvres.

Au-delà de ces expositions, une de nos plus grandes satisfactions réside dans la publication du livre sur notre mouvement qui est intervenue au printemps de l’année dernière ; par cet ouvrage de 180 pages richement illustré, nous avons souhaité laisser une trace durable dans le paysage artistique, une contribution à l’histoire et à la définition de la photographie plasticienne. Un beau livre d’images, mais aussi un livre accessible, qui s’adresse autant aux amateurs avertis qu’aux néophytes, et qui nous accompagne désormais à chacune de nos expositions, à commencer par celle de la foire Art Up ! du 1er au 3 mars 2019 à Lille.

Première Image, Max Foggéa, 2017, Techniques mixtes

 

  • Georges, vous avez eu plusieurs fois recours aux services de Dahinden, pour vos œuvres ou celles de la plasticienne VAM notamment, en prévision d’expositions. Pour quels supports et finitions en particulier ? 

J’ai découvert Dahinden en 2014 à l’occasion d’un projet sponsorisé par Epson autour de la Digigraphie. Séduit par la qualité d’écoute, la compétence technique et le contact personnalisé que j’ai trouvés sur place, j’ai lancé alors une série de tirages pigmentaires sur un beau papier Hahnemühle (Museum Etching) particulièrement adapté à mon travail sur la matière et sur le noir. Mais comme le cœur de mon travail réside dans une technique mixte sur toile, j’ai finalement peu recouru aux services de Dahinden, préférant alors me consacrer à mes interventions à l’acrylique en atelier.

C’est au moment de la sortie de notre livre que j’ai recommencé à travailler avec Dahinden, et VAM avec moi. En effet, notre livre a été publié en recourant à un financement participatif, et parmi les options que nous proposions à nos soutiens, nous avons imaginé de joindre des tirages très limités de huit artistes du mouvement en plus de l’ouvrage lui-même. Le succès a été au rendez-vous et c’est une cinquantaine de tirages pigmentaires sur papier Fine Art en 28×22 cm que nous avons commandés pour satisfaire nos souscripteurs. Pour choisir le papier en fonction des œuvres de chaque artiste, VAM et moi nous sommes rendus au service graphique et avons pu discuter avec Yann en faisant des tirages de test, ce qui constitue une qualité de service très rare sur le marché. Du coup, séduit par ce petit format qui avait un côté précieux, j’en commande désormais de temps en temps lorsqu’une de mes œuvres en technique mixte est vendue, afin de lui donner une seconde vie grâce à un tirage limité.

Quant à VAM, elle est une bien meilleure cliente que moi, car les œuvres qu’elle présente lors de ses expositions sont des tirages de haute qualité pour lesquels les services de Dahinden sont parfaitement indiqués. Aussi a-t-elle commandé d’assez nombreux tirages pigmentaires sur papier Canson, simples ou contrecollés sur aluminium suivant le format, mais aussi parfois des tirages sur toile tendue sur châssis lorsqu’elle souhaitait faire une intervention au fil de soie ensuite.

L’Arrêt de Bus 20, Adrienne Arth, 2013, Photographie

 

  • Après le salon Art Up, quels sont les prochains événements prévus pour les artistes du mouvement Transfiguring ? Avez-vous des objectifs à long terme ?

Outre les projets personnels de chacun des artistes de Transfiguring, il est vraisemblable que 2019 voit une autre exposition réunir une grande partie des membres de notre mouvement dans la galerie Septentrion qui accueille actuellement notre duo show à VAM et à moi-même. De manière générale, nous nous fixons pour objectif d’organiser une exposition de tout le groupe au moins une fois par an, dans un nouveau lieu qui nous permette de rayonner auprès d’un public toujours plus large.

A plus long terme, nous avons l’ambition de créer une biennale d’un genre nouveau, qui se tiendrait à mi-chemin entre le salon d’artistes et la foire d’art contemporain réservée aux galeries : il s’agirait d’un événement strictement consacré à la photographie plasticienne où seraient réunis tous les acteurs qui défendent ce courant artistique dans un lieu à taille humaine et avec un budget qui reste raisonnable. En discutant avec d’autres artistes et galeristes, il est devenu évident que le système actuel connaît des limites à cause d’engagements pécuniaires trop importants qui mettent en péril les finances des uns et des autres, mais aussi à cause d’une offre souvent trop large dans son propos et trop pléthorique en termes d’agenda. Ce que nous aimerions faire, c’est réunir autour de notre nom et de notre dynamique des artistes et des galeries qui ne deviendraient pas forcément membres de Transfiguring mais qui, lors d’un rendez-vous régulier, uniraient leurs forces pour proposer une exposition de qualité, ciblée, sélective, dans une ambiance conviviale où les visées commerciales s’équilibreraient avec la vision artistique et intellectuelle. Il s’agit d’un projet ambitieux, qui nécessite que les participants partagent leur réseau et leur énergie pour un événement ponctuel, avec pour perspective des échanges et des partenariats en plus des ventes d’œuvres. Nous n’en sommes qu’au début, nous cherchons actuellement des soutiens (dans le mécénat, l’organisation, la logistique et la communication) pour asseoir le projet avant de le présenter à des galeries. Si des lecteurs de cet entretien souhaitent nous aider, ils sont les bienvenus !

  • Merci beaucoup Georges !

Vu sur instagram ! Un grand merci à vam.artist !

 

Davantage de renseignements sur le mouvement Transfiguring sur le site : http://www.transfiguring.net/fr/

Tags: